Exposé sur l'histoire des AFP (AG – Colloque du 06/12/2014 – Samuel Charles)

 
 

1876-2014 : NAISSANCE ET VIE DU MOUVEMENT FAMILIAL PROTESTANT EN FRANCE :ESQUISSE D’UNE HISTOIRE LONGUE DES AFP…


La citation biblique qui évoque le thème de ce colloque – « Tu diras à ton fils… » – était particulièrement chère au cœur de notre regretté président des AFP, et ami, Pierre-Patrick Kaltenbach…

Cet impératif du Livre du Deutéronome assigne à Israël la mission essentielle de la transmission, et l’enracine dans un héritage…

Et le corollaire de cette parole est alors cet autre appel biblique : « Tu t’en souviendras… ». Ce à quoi les enfants répondront : « Nos pères nous ont raconté… »

Chaque génération nouvelle se trouve ainsi située dans une histoire, une filiation – et beaucoup plus que cela, bien sûr, s’agissant de la Parole divine.

P.P.K. aimait à redire : « Nous sommes des héritiers… », « Nous avons reçu un héritage… » – celui de la Réforme, signifiait-il par là – non pas pour en devenir les rentiers satisfaits, soulignait-il, mais pour le faire fructifier, en notre temps, dans notre société …

Le très modeste survol de l’histoire des Associations Familiales Protestantes que je vous propose aujourd’hui se situe un peu dans cette perspective : nous souvenir ensemble que des racines anciennes portent notre vie et nos actions présentes, en tant que mouvement et fédération nationale, notamment.

Cette esquisse historique va être très lacunaire, très partielle, car l’histoire des AFP « des origines à nos jours » reste à écrire pour l’essentiel, et même à extraire de la matière brute des archives, qui en sont largement pour l’heure au stade de trésor enfoui…

Je suis en outre sans compétence particulière pour traiter de cette matière historique ! Mais mes chers collègues, sœurs et frères du Conseil d’Administration de notre Fédération, à qui j’ai eu l’imprudence de suggérer un survol historique pour cette rencontre, m’ont en quelque sorte adressé le mot d’ordre dont PPK usait pour confier à quelqu’un une mission : « Considérez-vous en état d’arrestation ! ».

En état d’arrestation, je vous propose donc une brève histoire de l’histoire longue des AFP, avec, à mon tour, un tropisme volontaire : une insistance particulière et finale sur l’action de P.P. Kaltenbach, puisque cette Assemblée Générale et ce colloque sont les premiers qui se tiennent sans lui depuis 40 ans, lui qui a incarné notre mouvement national durant ces quatre décennies !

J’ai sélectionné pour ce survol 3 périodes particulières :

  • Les origines du mouvement familial en France, dont des protestants furent parmi les pionniers, dans le dernier quart du 19e siècle.

  • L’époque de la Fondation des Associations Familiales protestantes sous leur statut actuel, dans l’après-guerre. (Sans doute devrait-on parler de refondation, au vu de la première partie).

  • Le temps, plus récent, que PPK qualifiait de « réveil » (au sens religieux, revivaliste du terme).


1.Aux origines du mouvement familial en France : le terreau où plongent les racines des AFP…

 

  1. Acte de naissance au pays de Montbéliard…

Archives et auteurs s’accordent à dire que l’acte de naissance des AFP semble devoir être trouvé, dans le pays de Montbéliard. Roger Burnel, ancien président de l’UNAF, note en 1981 dans son rapport « La politique familiale globale » que la première « AFP » se créée en 1876, dans la paroisse protestante d’Hérimoncourt. Ce sont, semble-t-il, des parents de cette paroisse qui constituent un premier regroupement de familles dans un but d’entraide et de réflexion sur des sujets tels que l’éducation…

D’autres créations suivent, à Belfort, à Mulhouse, à Besançon, notamment… mais aussi dans d’autres régions de France.

Il est intéressant de noter que le berceau géographique de ces AFP se situe dans ces régions où se sont développées des industries édifiées par un patronat protestant attaché à mener une action sociale, philanthropique.

Hérimoncourt est, par exemple, le village de la famille Peugeot, qui parallèlement à l’ouverture de ses fabriques spécialisées dans le textile et la métallurgie, met en place au fil de ce 19e siècle : une caisse de pension pour les veuves, une assurance mutuelle sociale, des logements ouvriers à bon prix, un hôpital pour l’accueil gratuit des ouvriers accidentés, un système de caisse de retraite ouvrière, une limitation à 12 heures du temps de travail quotidien…

L’on se situe là aussi dans l’héritage et l’esprit du remarquable travail social effectué par le pasteur Jean-Frédéric Oberlin, avec son ami Jean-Luc Legrand, dans la haute vallée du Ban-de-la-Roche.

Enfin, l’époque évolue sous le souffle du christianisme social, dont une des chevilles ouvrières et des figures protestantes est alors le pasteur Tommy Fallot…

 

  1. Education, entraide… et natalité : les préoccupations du mouvement familial d’un siècle à l’autre…

Les préoccupations qui conduisent à la création et à la pérennité d’associations familiales varient avec les époques. On note des permanences qui traversent les décennies : c’est frappant en ce qui concerne le sujet qui nous occupe plus particulièrement aujourd’hui : l’éducation.
L’entraide, la condition féminine sont également récurrents…

Mais le mouvement familial, très large et très divers dans ses composantes, qui ne cesse de grandir à la fin du 19e siècle et dans la première partie du 20e siècle, se mobilise beaucoup autour de la « dénatalité », ou comme on le dit alors, de la « dépopulation ». La baisse de la natalité liée à l’industrialisation et à l’urbanisation, le traumatisme national qui résulte de la défaite de 1870, suscitent en France un très fort courant nataliste, qui imprègne tout le mouvement familial. Courant qui se renforcera après la terrible « saignée » de la Première Guerre mondiale et son phénoménal impact sur la démographie.

En 1921 est créée la Fédération Nationale des Familles Nombreuses. Dès 1929, elle regroupe plus de cent ligues ou Fédérations régionales représentant plusieurs centaines de milliers de familles… La « Ligue populaire des pères et mères de familles nombreuses » compte avant la Guerre 14-18 plus de 600.000 membres.

En 1920 paraît le premier numéro du « Bulletin des Associations Familiales de France »…

(Rappelons aussi les associations familiales catholiques, qui se créent en 1905).

Les actions combinées de tous ces mouvements débouchent sur l’adoption par le parlement du « Code de la Famille », en juillet 1939, qui définit 3 grands types de mesures : les aides spécifiques accordées aux familles en tant que telles ; des dispositions fiscales favorables à celles-ci ; la protection de la famille.

Malgré la sulfureuse connotation que prennent les notions de « travail, famille, patrie » dans la France de Vichy, et par la suite, le mouvement familial poursuit son chemin dès le lendemain de la Deuxième Guerre mondiale…

J’en viens donc au 2e tableau de ce triptyque brossé à très grands traits :


II. 1941 – 1975 : fondation, développement… puis dilution des AFP.

 

  1. Le temps de la « re-fondation » et de l’extension…

Pierre-Patrick Kaltenbach note dans sa présentation des Associations Familiales Protestantes que « la période de 1941 à 1955 enregistre une vive activité avec les misères et besoins nés de la Guerre, puis la Libération, la reconstruction, et le boom démographique »…

Divers documents signalent, en effet, 1941 comme étant l’année de fondation de la Fédération Nationale des Associations Familiales Protestantes, à l’initiative ou sous l’égide de René Morley, dont nous reparlerons dans un instant.

Les archives accessibles n’ont pas révélé le nombre d’AFP qui existent ou se créent alors. René Morley fait état en 1945 de 124 AFP ; mais – signale PPK – ces chiffres sont pour l’heure invérifiables et paraissent très aléatoires.

Le 3 mars 1945 marque un tournant décisif dans l’histoire du mouvement familial : ce jour-là, le gouvernement provisoire de la République, dirigé par le Général de Gaulle, soutenu par les trois principaux partis politiques (communiste, socialiste, démocratie chrétienne) institue les UDAF et l’UNAF par Ordonnance, et désigne les AFP – entre autres – comme membre fondateur du mouvement familial français.

Nous existons encore aujourd’hui sous ce régime du mouvement familial français.

L’histoire de cette période de la vie des AFP reste, semble-t-il, à écrire : tout un travail de recherche, de collecte d’archives dispersées, et de synthèse qui donnerait une vue panoramique des activités – sans doute très diverses – des associations familiales dans l’Après-Guerre...

Une mention complémentaire :

  • René Morley, déjà mentionné, est président des AFP de 1941 à 1968. Figure de la Résistance, créateur de SCOP (Société de Coopératives Ouvrières de Production), ce protestant à l’énergie et à l’activité débordantes a œuvré, et a assumé des responsabilités nationales, dans le scoutisme unioniste, les Unions chrétiennes de Jeunes gens, l’UNAF, l’Education au travers des Ecoles Decroly, la Presse protestante en tant que co-fondateur du journal  « Réforme », et dans bien d’autres domaines, qu’il serait trop long de citer…

Mais je me dois aussi de vous rappeler ou de vous « révéler » que nous avons parmi nous son successeur : un ancien président des AFP donc, en la personne de notre cher ami et trésorier Pierre de Félice, qui assura la présidence de notre mouvement avant que PPK ne prenne la suite en 1975.

Pierre de Félice nous dit, de mémoire, qu’il devait exister environ 25 AFP à l’époque de sa présidence : à St-Cloud (fondée en 1946), Paris, Clamart, St-Etienne, Clermont-Ferrand, Montpellier, Marseille, Toulouse, Lyon, au Chambon-sur-Lignon (etc.).

Si les AFP étaient dans l’ensemble peu actives, note-t-il, certaines déployaient au contraire une très grande activité : maisons de retraite, journaux, maisons de vacances (comme celle de St-Etienne avec ses villages de vacances familiales)…

  1. Du familial au social : les AFP se fondent dans l’Entraide protestante…

Mais force est de constater que l’essor des AFP dans l’immédiat Après-Guerre, est suivi d’un très rapide déclin, dans les années soixante notamment.

D’une part (mais là encore une étude historique approfondie serait nécessaire) les activités de terrain des AFP sont happées par la « Diaconie et l’Entraide » protestantes qui viennent de se créer. D’autre part, les mutations sociétales à l’approche de mai 1968, font que la famille et la préoccupation familiale ne sont plus dans l’air du temps, quand encore elles ne sont pas accusées de porter des relents vichystes… !

Pourtant, les actes de l’Assemblée Générale de la FPF en 1966 signalent un appel du « Groupe Diaconie » : « En face des détresses psychiques et morales de bien des foyers, nous déplorons l’absence quasi générale, à l’exception d’une région, d’une action protestante auprès des familles et demandons instamment à la Fédération Protestante de France d’aider les AFP à prendre leur « second souffle » en se chargeant essentiellement de ce ministère de formations, d’accompagnement, et d’entraide des futurs couples, des couples et des familles… »

Comment donc sommes-nous passés d’un petit reste de 11 AFP en 1974, dont « 2 ou 3 AFP gestionnaires » (selon l’expression de PPK) encore vraiment actives, à 76 associations représentant 5000 familles en 2013, et plus de 110 aujourd’hui même ?

C’est la conséquence d’un double « réveil », ou d’un renouveau à double-détente…


III. 1975-2015 : un « Réveil marqué par un double essor :

En 1975, Pierre de Félice, mobilisé depuis deux ans par des missions professionnelles de longue durée en Amérique Latine puis en Afrique, laisse donc la présidence à P.P. Kaltenbach. Il s’agit, dans un premier temps de courte transition, d’une co-présidence avec Mme Fromental, l’une des chevilles ouvrières des AFP, qui représentait notamment la Fédération au sein de l’UNAF depuis longtemps.

PPK disait à J.P. Richardot, qui lui a consacré un chapitre dans son livre « Le peuple protestant français aujourd’hui » paru en 1980 :

« A la première réunion des AFP à laquelle j’ai participé, j’ai entendu une majorité de l’auditoire – si ce n’est la quasi-unanimité – représentant un certain nombre de mouvements et d’œuvres – m’expliquer qu’ils ne voulaient plus entendre parler du mot « protestant ». J’ai répondu : dans ce cas nous nous croisons. Moi, je rentre. Vous, vous sortez… ». Cela en dit long sur l’atmosphère et les tendances de l’époque…

Avant d’évoquer les deux sources du renouveau des AFP, remarquons que celui-ci se révèle d’emblée dans les chiffres : les déclarations annuelles à l’UNAF montrent que l’on passe de 11 AFP représentant 1438 familles en 1974, à 27 AFP représentant 3683 familles en 1993, soit 25 ans plus tard…

Parmi les nouvelles AFP qui se créent à cette époque, je me contenterai aujourd’hui de mentionner – je l’espère sans faire de jaloux – l’AFP Guillaume Farel de Marseille, fondée en fin 1978. Je la cite parce qu’elle est, à elle seule, assez représentative de la grande diversité des actions et activités que mènent les AFP, et parce que nous devons à l’un de ses artisans de toujours – Roland KELLER, et son épouse Monique – un beau travail historique sur cette association, publié sur une cinquantaine de pages…

Le Réveil nait donc de deux courants, qui se conjuguent successivement dans le temps :

  1. Aux sources d’une première renaissance…

La première source de cette renaissance est ce que PPK appelle « un effort intellectuel et moral conduit lors des colloques de Fontevraud dans le champ familial associatif et protestant avec le concours de personnalités comme Jacques Ellul, Jean Carbonnier, France Quéré, Evelyne Sullerot, Emmanuel Todd, Régis Debray… ». La liste est impressionnante de longueur et de qualité !

Les travaux de ces colloques donnent lieu à la publication d’actes et de livres largement diffusés, entre 1984 et 2002.

Il ne m’est pas possible de faire écho de la diversité et de la richesse des thèmes abordés lors de ces « controverses » - selon le mot et la méthode chers à PPK – ni des intervenants de qualité qu’il parvient à réunir de colloque en colloque grâce à son vaste carnet d’adresses et à son réseau d’amitié.

Mais je mentionne quelques grandes dates et faits marquants :

  • Le Congrès national des Associations Familiales Protestantes, qui se tient à La Force – site de la Fondation John Bost – et fait en quelque sorte œuvre de refondation, dont témoigne un long article paru dans le « Christianisme au XXe siècle, en date du 21 juillet 1980.

(30 ans plus tard, en 2010, les AFP se retrouveront pour une session de travail à La Force, alors que s’amorceront un nouveau développement, cette fois, exponentiel de leurs effectifs, et une ère nouvelle de leur histoire.)

  • Il me faut aussi mentionner les travaux conduits aux côté de Jean Baubérot pour la préparation des commémorations du 3e centenaire de la Révocation de l’Edit de Nantes, et ceux qui se réalisent autour de l’appel lancé en 1981 par Jacques Ellul à la tenue d’« Etats Généraux du Protestantisme »…

  • De nombreuses sessions de travail sont consacrées depuis le milieu des années 1970 et au long des années 1980 aux questions liées à l’Education, comme peut en témoigner un dossier spécial du Centre Protestant d’Etude et de Documentation (CPED), publié en 1980, et consacré aux AFP.

Mais les thèmes des rencontres de Fontevraud et des Actes afférents qui sont publiés, sont très variés : citons en passant :

    • « Mariage, Famille et Société », lors du 1er colloque.

    • « La famille contre les pouvoirs », qui se prolongera par un livre de PPK, avec contribution de J. Ellul et J. Carbonnier  : « La Famille contre les pouvoirs de Louis XIV à Mitterrand, publié en 1985.)

    • « Famille et Associations », en 1996.

    • « L’Association contre le citoyen ? » en 2001. Au Sénat, à Paris.

    • « Transcendance et laïcité… » en 2002…

Certains de ces Actes sont encore disponibles, et il est frappant de constater que l’essentiel de leur contenu n’a rien perdu de sa pertinence et de son acuité pour les questions qui parcourent notre société aujourd’hui !

Je ne puis évoquer tout cela sans mentionner ce qui fut l’un des grands combats de PPK, et partant celui de notre Fédération, pour la transparence, la certification et la séparation des pouvoirs dans le monde associatif. La création de plusieurs démarches et organes de gouvernance et certification : « Dénombrer, compter, définir… » était un de ses slogans préférés !

Et tout ceci, très succinct, est loin de faire justice à cet « effort intellectuel et moral » que PPK nous a instamment demandé de ne pas oublier, et qui constitue une très large part du riche héritage qu’il nous laisse !

 

  1. Le second souffle du renouveau : « Le réveil évangélique »…

C’est par ces 2 mots que PPK qualifiait l’afflux relativement soudain d’associations familiales d’origine évangélique au sein de la Fédération, dans la 2e partie des années 1995, puis de plus en plus nombreuses à partir des années 2000…

Puisqu’il s’agit d’une histoire très récente, je ne vais pas m’attacher à en restituer une fastidieuse chronologie – le temps m’interdit d’entrer dans des péripéties – mais j’en dégagerai plutôt quelques lignes forces :

  1. Mentionner tout d’abord des personnes qui furent un peu des pionniers, et donc des ponts, des tisseurs de liens en ce domaine :

  • Georges Michel, aujourd’hui secrétaire général de la FPF, dont l’AFP de l’Essonne fut la première de la famille évangélique à rejoindre la Fédération nationale, alors composée d’AFP d’origine réformée…

  • Daniel Rivaud, qui fut artisan de multiples contacts, par exemple avec la pastorale de Grenoble. De même notre regretté cher frère le pasteur Serge Oberkampf, fidèle parmi les fidèles des AFP.

  • Jean-Marc Potenti, Jean-Pierre Riche, qui ouvrirent leur Fédération d’Eglises respectives aux AFP…

  • D’autres encore devraient être cités (l’AFP du Centre-Bretagne, qui rejoignait la Fédération début 2005…).

Et je n’oublie pas le travail considérable effectué en ce sens par Françoise Caron ces dernières années !


  1. Mais je voudrais surtout souligner l’esprit et la démarche d’ouverture qui a conduit et présidé à cet élargissement des AFP. Et en tout premier lieu, celui manifesté avec intelligence et persévérance par PPK, et par nos amis réformés des AFP…

Ce n’était pas une évidence. Ce n’était pas un chemin sans embuche… Ce fut de la part de PPK une vision et une action que j’oserais qualifier de « prophétiques » (entre guillemets).

Il a su mener ce « challenge » avec l’audace et le doigté, la sagesse nécessaires, ce en quelques années. Assurer à la fois renouveau et continuité, évolution et permanence…

Redéfinir les cadres réglementaires indispensables.

Créer, tisser les liens, les renforcer… Bref, créer une communion fraternelle entre tous, une mutualisation des richesses des uns et des autres, ce qui est et demeurera un fondement essentiel à la pérennité de notre Fédération.


C’est pourquoi, en terminant ce propos schématique, je voudrais rendre hommage à celui qui a porté les AFP dans son cœur, et à bout de bras parfois, pendant 40 ans. Ceci est un regard personnel sur l’homme avec qui j’ai eu le plaisir de m’entretenir parfois longuement, notamment pour des interviews. Mais je pense que ce regard est ici largement partagé.

En introduction à une interview de PPK publié en février 2012 dans le mensuel que le Centre Missionnaire édite dans la région de Carhaix en Bretagne, j’ai écrit, et je laisse ces propos au présent :

« P.P. Kaltenbach est un personnage comme l’on en rencontre peu ; un homme qui allie puissance intellectuelle, inépuisable énergie, vaste culture, humour, faconde et simplicité, de la manière la plus naturelle du monde…

Le débat, la discussion, la confrontation des idées, tout autant que l’analyse fouillée, sont les champs de bataille où ce hussard de la pensée et du verbe aime ferrailler.

Redoutable débatteur, il sait enchaîner avec brio les pensées incisives et les formules savoureuses, tel un fin bretteur enchaînant ses « bottes » secrètes… le tout servi avec une rare vivacité d’esprit, et un humour ravageur, qui lui fait souvent naître des lueurs de malice au fond des yeux et une esquisse de sourire espiègle au coin des lèvres.

Mais que nul ne s’y trompe : derrière ce goût et cette singulière aptitude pour la joute et la « controverse » – au sens ancien et noble du terme – se cache un homme d’idéal, de conviction… sans compromis.

Si, chez lui, le discours est sans langue de bois, la pensée, l’attitude et l’engagement sont aussi sans concession à la médiocrité, au conformisme, au carriérisme, aux honneurs, au paraître… Le « parler  vrai » lui vient d’un « être vrai ». Une fidélité à des principes et convictions qui indisposent d’aucuns, et lui ont parfois fermé des portes dorées, de celles qui s’ouvrent devant qui « sait » user de « diplomatie », d’autocensure ou de compromission…

Enfin, ce protestant de « vieille famille » à l’entregent et au carnet d’adresses de qualité, est resté tel que lui-même – simple, généreux et amical – malgré son parcours dans les allées de la haute administration. »

 

Je ne voudrais pas évoquer le souvenir de PPK sans saluer la fidèle présence de son épouse Jeanne-Hélène – qui est parmi nous aujourd’hui – mais que nous avons aussi toujours vue à ses côtés lors des colloques et autres rencontres : quand on parle d’association familiale et de famille, quel signe, quel symbole, quelle réalité !

Merci à vous, Mme Kaltenbach, d’avoir accepté d’accompagner encore les AFP, et de nous prêter main-forte !


Je conclus par cette citation de PPK, propos par lesquels nous achevions une autre interview de lui, parue en mars 2012 dans « Les Documents Expériences » :

« Pensez-vous que nous allions vers une société agnostique, athée, voire antireligieuse, ou vers un retour du religieux ? » lui avais-je demandé :

«  Je ne sais que répondre. L’on perçoit une attente, un vide, surtout en France, et je sais que la Bible continuera à illuminer des gens, parce qu’elle reste pertinente. Et il y aura toujours des gens pour annoncer la Parole de Dieu dans ce pays. Je suis donc plein d’optimisme ! 

Imaginons que nous soyons en 1559 ; et que nous posions les mêmes questions… A vues humaines, la réponse à toutes aurait été : « la situation est sans issue ».

Et pourtant, elle ne l’était pas ! Et nous ne le disons pas non plus aujourd’hui. Pourquoi ?

Cette société peut s’effondrer, tant qu’il y aura des gens de foi et d’espérance, il y aura un avenir…

Si je devais résumer tout mon propos, je dirais : je ne sais trop expliquer ce qui se passe et se passera dans la société, dans les églises… mais ce que je sais, c’est que ce que nous avons reçu de la Bible et de la Réforme est insubmersible, extraordinaire, nous rend heureux… et semble correspondre aux attentes de cette société.

Comment serions-nous pessimistes et malheureux, même si la situation est difficile autour de nous ?

Alors, ne soyons pas des gestionnaires inefficaces, qui enfouissent le seul talent reçu ! »